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TEMPLE DU CHANGE LA LOGE DU CHANGE
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LA LOGE DU CHANGE

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lyo_change_soufflotGravure de Bellicard

La 1ère Loge du Change (1631-1734)

Tous les paroissiens et les visiteurs du temple du Change connaissent la gravure de Bellicard et les grandes dates qui concernent cet édifice, mais peu d’entre nous connaissent en détail les péripéties de sa construction.

Cet article est un résumé, très élagué, de l’ouvrage de monsieur Daniel Ternois. Pour en savoir plus sur le temple et sur l’oeuvre de Soufflot vous pouvez vous reporter son ouvrage :

"L’oeuvre de Soufflot à Lyon" Etudes et documents aux Presses universitaires de Lyon.

Cette histoire commence au 15e siècle, les guerres de 100 ans sont terminées et le commerce reprend. Lyon est alors une plaque tournante pour toutes sortes de marchandises en raison de sa situation géographique. Ce sont les soies d’Italie, les épices d’Orient, les textiles de Champagne et de Flandre, les bois, les métaux, le vin, les cuirs et peaux qui transitent par LYON et se négocient à l’occasion des foires. Ces foires dites " franches " bénéficient de privilèges et les marchandises sont exemptées de droits d’octroi. Louis XI et Charles VIII comprennent l’intérêt de ces foires et accordent ces privilèges en 1420, 1444 et 1462 et les portent de 2 à 3 puis quatre fois l’an. Elles se déroulent sur quinze jours et ont lieu pour les Rois, le premier lundi suivant Pâques, le premier lundi après Quasimodo et pour la Toussaint. L’afflux d’étrangers, riches en monnaies légales, implique la présence de " marchands banquiers " qui vont régler les paiements par lettres de change et convertir les monnaies étrangères. Durant deux siècles ces opérations de change se déroulent en plein air sur la place de la draperie - plus tard place des changes - sur la rive droite de la Saône au débouché du pont de pierre. Une maison commune.

Monsieur Audin a raconté " à la manière " de Rabelais les vaines démarches des marchands et des changeurs auprès du Consulat, à partir de 1517, pour la construction d’un local. Ils attendront 1551, un édit du roi Henri II, qui ordonne 1a construction d’une "maison commune, en laquelle se pourroit aisément faire belle court, troys galleries descouvertes, une grande salle de vingt-cinq toyses de long sur huit et demye de large" ; 36 magasins, des boutiques et des logements. Mais l’ordonnance n’a pas de suite car elle ne prévoyait aucun plan de financement pour ce projet aussi coûteux ?

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L’idée d’une place publique et d’une " loge " pour le commerce et le change fait son chemin. En 1584, Henri III, par lettres patentes, facilite l’achat par la ville de la bâtisse dite " maison ronde "pour la démolir et élargir la place du change, car " é chose très nécessaire pour mettre en bataille quand besoin s’en offrira ".

En 1631, plusieurs bourgeois et négociants offrent de contribuer financièrement à l’édification sur cette place de " loges basses où ils pourroient commodément conférer et commercer ensemble ", ce qui est fait enfin. Ont fait venir de Paris l’architecte Simon Gourdet, dit Girard (inconnu par ailleurs), qui proposent des plans et des dessins, travail qui lui est payé le 30 juillet 1634 (252 livres). On exécute un modèle en carton, puis en bois. Tous les dessins et maquettes ont disparu, y compris un dessin approuvé par le Consulat : il comportait quatre arcades.

En 1641 les travaux sont très avancés, mais l’achèvement traîne par suite de la mort d’un entrepreneur et il y a encore un appel d’offres pour les travaux le 13 février 1653.

L’analyse des archives et des plans de Lyon faite par monsieur Devernois montre qu’il s’agissait d’une galerie de quatre travées en façade et de deux travées en retour au nord et au sud, que l’entrée se faisait par les deux petit cotés et qu’au sud de la loge était accolée en partie à des maisons vétustes. Ce petit édifice classique, d’une grande sobriété, fut tout de suite insuffisant pour les besoins des marchands mais dura quand même un siècle.

Louis XIV s’en mêle ?

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En 1700 Robert de Cotte est appelé à Lyon pour rechercher l’emplacement le plus propice à l’érection de la statue équestre de louis XIV, achevée en 1691, et propose de placer la statue sur la place du change en démolissant la vieille loge pour la reconstruire légèrement plus au nord. On aurait obtenu une place ovale, vaste et régulière, ouverte sur la Saône dans l’axe du pont, ornée au centre de la statue du roi et au fond une nouvelle loge. (plan ci après). Plan de Lyon 1658

Ces projets coûteux ne furent pas réalisés et le choix de Bellecour en 1711 pour la statue mit fin à cet épisode.

En 1734 les négociants expriment une requête auprès du Consulat, se plaignent de la vétusté et de l’étroitesse de la loge et proposent d’en construire une plus grande, soit au même endroit, soit tout près de là "Dans la place du Gouvernement avec un grand perron sur la rivière, ce gui formeroit une décoration agréable de toute part (..) On pratiqueroit dans le haut un grand vaisseau pour une bibliothèque publique... ". Le Consulat acquiert en effet l’hôtel du gouvernement afin d’y construire à la place une loge avec une bibliothèque au-dessus - quand les finances de la ville seront plus prospères - ce qui ne se produira pas.

La 2ème Loge du Change (1747-1789)

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C’est en décembre 1747, que le gouverneur donne son consentement à la construction d’une nouvelle loge à un ancien emplacement, tout en limitant la dépense. " Le tout conformément aux plans devis estimatifs qui avoient été dressés par le sieur Soufflot et qu’il eut l’honneur de lui offrir l’année dernière ".

Les travaux énumérés dans le devis du 16 janvier 1748 sont mis en adjudication et confié à Jean-Baptiste Roche, architecte présenté par (Soufflot) et sous sa caution, " tous deux ensemble solidairement, mais sous la surveillance du voyer et architecte de la ville, le sieur Bertrand ".

La construction de la loge dure à peine deux ans. Un état récapitulatif est dressé en août 1750 et les entrepreneurs payés en août de la même année.

Soufflot n’a pas dirigé lui-même les travaux, c’est Roche l’architecte technicien qui est conducteur de travaux sur le terrain tandis que Soufflot a donné les plans et élévations et établi les devis.

En quoi ont consisté les travaux ? En 1869 Monsieur Charvet note : " les travaux de la loge au change paraissent n’avoir été qu’une sorte d’embellissement ou de reconstruction de celle qui existait auparavant et à laquelle on aurait ajouté une arcade ". Ce point important est déjà noté par " l’Almanach" de 1762 et par monsieur Dulaure en 1789. En quoi ont consisté ces travaux ?

Le devis du 16 janvier 1748 établi en vue de l’adjudication " à ceux qui voudroient entreprendre les ouvrages nécessaires pour les réparations, constructions et agrandissement de la loge du change de cette ville " était explicite. Il fallut d’abord isoler l’ancienne loge (accolée à des maisons au sud) et démolir d’autres maisons au nord pour élargir la rue, mais les maisons en face ne furent pas abattues, la place n’est pas agrandie ni ouverte sur la Saône comme De Cotte l’avait préconisé. (Voir plan).

L’arcade de droite et les deux arcades en retour au nord sont démolies. On reconstruit deux arcades au lieu d’une en façade et deux arcades en retour au nord. Les trois arcades de gauche sont laissées intactes. Le rez de chaussée est donc agrandi (cinq travées au lieu de 4). Deux perrons incurvés de 7 marches sont établis aux angles de la terrasse. " Les vieux bâtiments sur le derrière " son démolis, les fondations refaites et la grande salle reconstruite sur un nouveau plan rectangulaire. Sa voûte est "à l’impériale" : elle repose sur de larges piliers, deux d’entre eux renferment des escaliers à vis permettant l’accès à la salle de l’étage qui s’ouvre sur la façade. On pénètre du péristyle dans la grande salle par 3 portes. Une quatrième s’ouvre au fond sur la rue de Gadagne. La salle reçoit une abondante lumière par 17 fenêtres sur deux étages presque toutes bouchées aujourd’hui. La voûte de la grande salle occupe toute la hauteur ; à l’étage, outre la salle surmontant le péristyle, se trouve un modeste appartement de gardien. Au dessus du rez de chaussée la façade est entièrement refaite et les pans coupés aux angles sont ornés de statues (l’Europe et l’Asie par Perrache fils et l’Amérique par Chabry fils). L’institution du Change subsiste jusqu’à la Révolution de 1789.

De "change" en temple protestant

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A l’occasion du centenaire du temple, en 1903, le pasteur Puyroche nous retrace l’histoire de l’édifice dans le petit ouvrage " Le centenaire du Temple". Pendant la Révolution de 1789, le commerce est interrompu et la loge devient sans emploi. En 1800 elle est encore vacante et fermée, elle devient un moment une vulgaire auberge. Un nommé Joly la prend en location et y met une enseigne portant : "Hôtel du change. On loge à pied et à cheval".

Sommée de mettre à la disposition du consistoire Protestant de Lyon un lieu de culte, la ville met le Change à leur disposition le 28 pluviôse an XI (11 novembre 1803). On raconte qu’on leur avait donné à choisir entre cet édifice et l’église des Cordeliers (Saint - Bonaventure) alors abandonnée et changée pendant la Révolution en un grenier à fourrage. Cette église délabrée, infiniment trop grande pour leur nombre encore restreint, situé en un quartier qui avait à cette époque ni l’air, ni le mouvement, ni l’importance qu’il a pris de nos jours, parut aux protestants peu avantageuse ; ils préférèrent la Loge du Change. Les dépenses pour le nettoyage et les réparations sont couvertes par une souscription et une somme de 10.000 livres votée par le conseil municipal.

La salle consacrée au culte ne comprend alors que la partie située sous la coupole et ce, sans tribune. La chaire est adossée contre le mur latéral gauche en entrant avec au pied quelques places réservées au Consistoire et au Diaconat. Les bancs, tous de niveau sans estrade, font face à la chaire et jusqu’au mur opposé. On entre dans la salle de culte par deux petites portes percées dans la paroi face à la chaire actuelle ; la grande ouverture du milieu n’existe pas ; il existe aussi une petite porte sur la rue de Gadagne. Au rez de chaussée se trouve une sacristie à gauche en entrant avec au-dessus le logement du concierge ; à droite deux pièces qui forment avec deux autres pièces au-dessus le logement du pasteur. Au premier étage une école de garçons et de filles dans 2 vastes pièces. Et enfin sous les combles, les préaux, un vestiaire et une bibliothèque.

L’intérieur va alors subir quelques modifications :

1822 : la chaire est déplacée et installée face à l’entrée, surélevée avec 2 escaliers d’accès. Deux barrières de part et d’autre et une face au public forment une sorte de choeur. Les bancs sont alors face à la porte actuelle sur la rue de Gadagne. Mais la capacité d’accueil du temple n’étant plus en rapport avec le nombre de protestants de la ville, le consistoire décide la construction d’une galerie en hémicycle pour recevoir l’orgue dans la partie centrale et des tribunes pour le public ; l’ensemble étant supporté par douze colonnes sur les trois cotés du temple. L’accès à ces tribunes se fait par deux escaliers tournants en bois. Dépense : 10.500 livres couverte par le conseil municipal, le consistoire et le Roi Louis XVIII pour 3.000 livres. En 1831 l’architecte Dardel supprime les deux escaliers du perron et les remplace par l’escalier actuel.

1856. Nouvelles modifications car il faut encore agrandir le lieu de culte. La solution adoptée consiste à prolonger la salle jusqu’à la façade, à agrandir les passages entre celle-ci et 1e péristyle, à fermer le temple par les 5 portes actuelles, et à construire une nouvelle tribune plus large et plus haute supportée par des colonnes d’angles. On accède à cette tribune par les deux escaliers tournants qui conduisent au premier étage, 440 places gagnées.

L’école du premier étage est également supprimée laissant une grande pièce destinée aux réunions et qui permet en ouvrant de larges portes donnant sur la tribune de porter ainsi la capacité du temple à 1200 places ! A partir de 1860 le Consistoire, constatant que l’édifice demeure insuffisant, décide d’édifier le Grand Temple (1884) de 1400 places c’est à partir de là que le Change n’est plus consistorial mais paroissial.

 

Ci-dessous une photo de la maquette de la loge, présentée au Musée Gadagne, que vous êtes invité à visiter !

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